Chère Fubuki Katana. Annelise Heurtier

Attirée par cette jolie couverture pop et colorée, j’ai eu très envie de me plonger dans ce livre jeunesse signé Annelise Heurtier et publié chez Casterman : Chère Fubuki Katana.

Chère Fubuki Katana - Annelise Heurtier

L’histoire

Au lycée ou même chez soi, quand on vit au Japon on n’étale pas ses problèmes. Pourtant, Emi aurait beaucoup à dire : le harcèlement qu’elle subit, sa passion pour les mangas, et surtout la culpabilité qu’elle essaie d’enfouir depuis plusieurs mois… Emi ne se confie jamais. Jusqu’à ce qu’une rencontre l’incite à tout raconter.

Mais peut-on se fier à n’importe qui, dans une société où les apparences priment souvent sur la vérité ?

Mon avis

Avec Chère Fubuki Katana, Annelise Heurtier nous dévoile l’histoire d’Emi, une jeune fille qui depuis plusieurs mois n’arrive plus à s’ouvrir au monde. Et pour cause, du haut de ses 16 ans, la demoiselle est victime de brimades au lycée. Brimades, ou plutôt harcèlement, n’ayons pas peur des mots. Pourtant Emi, elle, se refuse à croire qu’elle en est victime. Comme souvent dans ce genre de cas, elle essaye de se convaincre que ce n’est pas si grave, qu’il y a pire que son cas. Alors elle se tait, elle baisse la tête, courbe l’échine et espère que l’orage passera. Pas un mot à ses professeurs, à ses parents, et pas d’amis à qui se confier. Jusqu’au jour où elle va croiser le chemin de Hana, qui va lui insuffler un semblant de vie et une pointe d’amitié dans son univers devenu gris. Emi va alors apprendre que le harcèlement ne se mesure pas à la gravité des paroles et des actes, la douleur des autres ne justifie en rien celle qu’un tiers peut nous imposer.

L’amitié entre les deux personnages va se faire petit à petit, comme un souffle du hasard. C’est attendrissant de voir l’espoir renaître dans le cœur de notre adolescente et j’ai aimé que ce lien se fasse au fur et à mesure du récit. Emi est un personnage créatif, elle observe, imagine sa vie comme elle aimerait qu’il soit représenté dans ses mangas favoris. D’ailleurs l’auteure inclus plusieurs références à l’univers nippon très sympathiques, en plus de nous faire visiter un peu Tokyo et ses environs. J’avoue ne pas être très calée sur le sujet, mais l’environnement décrit m’a donnée les clefs pour imaginer sans mal l’univers que nous réserve le Japon. Je ne sais pas si le paysage serait assez étoffé pour un passionné du genre, mais pour une novice comme moi, le voyage est joliment présenté.

Chère Fubuki Katana - Couverture

Pourquoi n’arrivait-elle pas à être plus forte alors qu’elle le voulait tellement, alors qu’elle s’en sentait capable en dedans ? Comment faire pour devenir plus résistante, ressembler à ces héros dont les aventures cajolaient ses pensées ? Nana Osaki ne se serait pas laissé faire.

Chapitre 3

Si ici, l’action se déroule dans un pays où le harcèlement scolaire est présent mais où le culte de l’apparence sociale est d’autant plus grand, ce que connait Emi au sein de son établissement peut aussi se dérouler dans un pays occidental. Les réactions de notre héroïne m’ont paru crédible dans sa situation. On découvre la solitude dans laquelle elle s’enfonce, la honte qu’elle ressent, la culpabilité aussi, dans un monde où l’apparence et la réussite priment. Mais parfois, il suffit d’un mot, d’une phrase, d’une main tendue pour avancer, et ses petites victoires sont un grand pas pour faire face à ses détracteurs.

Je regrette cependant que la présence du papa ne soit pas plus exploitée. En effet, nous ne connaissons même pas le prénom de ce monsieur, contrairement à sa mère. Le lien est crée entre elle et sa fille, elle possède une identité propre et l’on découvre, même succinctement, son caractère tendre et délicat. Alors que la relation paternelle est bien plus effacée. Même s’ils ne sont pas des personnages omniprésents, l’image des parents s’efface au profit de la maman. J’ignore si c’est un choix délibéré de l’auteure, peut-être lié à une image familiale dans la société japonaise, mais c’est un retrait qui m’a un peu chagrinée. Sa présence plus que brève et ce manque d’identité donnent l’impression d’une famille monoparentale alors que le roman tend à nous indiquer le contraire.

Malgré ce soupçon de regret, c’est un texte doux, porté par une plume légère et visuelle. Et au delà du harcèlement individuel, l’histoire met également en lumière les préjugés et idées collectives que peuvent subir tout un peuple ou une communauté. Ce roman jeunesse est une belle escapade vers l’acceptation et la tolérance.

Un agréable moment de lecture, mettant en avant des sujets importants tels que le harcèlement et la solitude, le tout raconté dans un cadre charmant.

Vous connaissez ce roman ou cette auteure ?

« Chère Fubuki Katana » de Annelise Heurtier. Casterman, 2019.

40 commentaires sur “Chère Fubuki Katana. Annelise Heurtier

  1. Je suis pas française, chère fubuki katana c’est mon premier livre en français, du coup j’adore la personnalité de emi, elle est un peu comme moi, et hana m’a aidé aussi, comme elle a fait avec emi, la seule chose que je comprends pas c’est « qui c’est fubuki katana » j’espère comprendre au fin de ce magnifique livre

    1. Bienvenue sur mon blog Alice. 🙂 Emi est une jeune fille très touchante. C’est une bonne chose si cette lecture t’aide, c’est un roman bien écrit et très doux à lire. Je ne sais pas si tu as terminé ta lecture, mais on découvre à la fin qui est Fubuki Katana. 😊

    1. Exactement ! Et dans un cadre si joli, je trouve que le message passera plus facilement auprès des jeunes pour leur montrer qu’il n’y a pas qu’une sorte de harcèlement et que même si chacun le ressent de manière différente, il n’en est pas moins important d’en parler à son entourage pour trouver de l’aide. Et avec une si joli couverture, il faut se laisser tenter. 😉😊

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