Entre deux mondes. Olivier Norek

Je vous ai déjà présenté Olivier Norek grâce à sa trilogie Victor Coste. Trilogie qui s’offre d’ailleurs une beauté avec un collector nommée Trilogie 93, contenant des nouvelles inédites et sorti le 28 Octobre 2021. Aujourd’hui pourtant, je retrouve l’auteur avec le non moins survolté Entre deux mondes.

Entre deux mondes - Olivier Norek

L’histoire

Adam a découvert en France un endroit où l’on peut tuer sans conséquences.

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.
Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Mon avis

Je ne sais pas ce qui m’a retenue de découvrir ce roman plus tôt, alors qu’il me faisait envie depuis sa sortie en grand format et que j’avais aimé les précédents titres de l’auteur. Peut être l’aspect trop réel de l’intrigue, peut être le sujet trop concret, trop actuel du récit. Néanmoins, je savais déjà que le jeu en valait la chandelle.

Dans Entre deux mondes, Olivier Norek nous présente principalement Adam et Bastien. Ces deux hommes ne se connaissent pas. L’un vivant en France, l’autre en Syrie. Ils n’avaient, semble-t-il, aucune raison de se croiser un jour. Mais la guerre en a décider autrement. Poussé à fuir son pays pour lequel il se bat depuis des années, Adam tente de rejoindre sa femme et sa fille parties quelques jours avant lui. Leur point de retrouvaille ? La jungle de Calais. C’est dans cet environnement qu’il fera la rencontre de Bastien, flic français. Fraîchement débarqué dans le nord du pays, Bastien découvre un monde qu’il ne connaissait que par l’image que lui laisse les médias.

Le décor est posé, sans fioritures, sans poudre aux yeux. L’auteur nous impose le parcours que doivent subir ces êtres humains pour leurs survies. Mais à quel prix ? Au prix de peurs, de pertes, de douleurs physiques, de supplices morales. Ces gens fuit l’horreur et la cruauté, en le payant de leurs vies, de leurs corps et de leurs âmes. Et ce roman nous livre des portraits fictifs mais très certainement réels à la fois. C’est là toute la dureté de ces lignes. Et si ces hommes, ces femmes, ces enfants fuient leurs pays pour un Eldorado anglais, le parcours est violent. Et l’escale en France se révèle tout aussi dangereux, car le mal plane partout. L’homme est un loup pour l’homme, et certains spécimens sont de la pire espèce.

« Tu réalises qu’on n’a pas le choix ? On serait des connards égoïstes, on y survivrait, mais là, c’est juste impossible. C’est facile d’oublier quand ça passe aux infos, mais quand ça débarque dans ton propre salon ? »

Chapitre 48

Bien sûr, Calais, ce n’est pas uniquement la Jungle. Il y a aussi les habitants, les commerçants, les forces de l’ordre, les touristes, les associations. Personne n’est oublié dans ce panorama, on nous présente une ville, pas seulement un camp de réfugiés. On nous présente un peuple, des familles, des amis, des collègues. Et le personnage de Bastien est un beau portrait du désarroi d’un homme face à tant d’inégalités et de douleurs, d’un homme prêt à en aider un autre.

Olivier Norek joue de sa plume avec des mots simples, la brutalité ne réside pas dans les termes utilisés mais dans les faits, tristement réalistes. Tous ces destins à jamais changés, ces vies bafouées, ces avenirs sauvés, c’est intense. Et happée par cette lecture forte, j’ai tourné les dernières pages la gorge serrée, les yeux brûlants.

🖤 Plus qu’un roman coup de coeur, un roman coup de poing !

Nath avait cité ce titre dans l’article Raconte ton livre #1, ce qui m’a convaincue de sauter le pas.
Retrouvez sa chronique sur son blog Mes Lectures du Dimanche.

Vous l’avez déjà lu ? Votre avis ?

« Entre deux mondes » de Olivier Norek. Pocket, 2018.

28 commentaires sur “Entre deux mondes. Olivier Norek

Votre commentaire