Moi, ce que j’aime, c’est les monstres. Emil Ferris

Bonjour amis lecteurs ! Vous avez sans doute déjà vu ce titre passer plusieurs fois sur la blogosphère, dans la presse ou peut être sur les réseaux sociaux. Voici « Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » un roman graphique désigné Fauve d’or lors du 46e Festival international de la BD d’Angoulême.

L’histoire

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s’imagine même être un loup-garou: plus facile, ici, d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d’une balle en plein cœur. Mais Karen n’y croit pas et décide d’élucider ce mystère. Elle va vite découvrir qu’entre le passé d’Anka dans l’Allemagne nazie, son propre quartier prêt à s’embraser et les secrets tapis dans l’ombre de son quotidien, les monstres, bons ou mauvais, sont des êtres comme les autres, ambigus, torturés et fascinants.

Mon avis

Oubliez les bandes dessinées et leurs vignettes comme on les connait, ici c’est une expérience bien différente qui nous attend. Cet ouvrage de 400 pages, qui n’est autre que la retranscription d’un carnet, se présente autrement. Entièrement réalisé (ou presque) au stylo, le travail fourni dans ce roman graphique est exceptionnel. Tout est dans le détail. Il suffit de regarder cette couverture, voyez-vous le reflet de notre jeune protagoniste dans l’iris de cette femme ? Et cette boucle d’oreille à l’effigie d’un scarabée ? Pourtant, ceci n’est qu’un infime aperçu de ce qu’a réalisé Emil Ferris pour son premier livre.

Les illustrations sont impressionnantes, d’autant plus quand on sait que les médecins avaient prédit à Emil Ferris qu’elle ne pourrait plus dessiner, des suites d’une pathologie rare. Six années de travail auront eu raison de leurs prédictions. Les visages présents dans cette bande dessinée reflètent des émotions fortes, et ses interprétations d’oeuvres d’art et de couvertures de magazines d’horreur sont tout aussi soignées. Les dessins se mélangent les un aux autres, formant un tout, un pèle-mêle de couleurs, de formes et de textes, comme pour mieux saisir l’instant. Comme une pensée traversant l’esprit et que l’on ne voudrait pas laisser filer. Voyez vous-même :

On est immergé dans l’univers de Karen, ce petit monstre âgé de dix ans, aux crocs acérés. Cette petite fille aime à le croire du moins. La vie n’en serait que plus simple d’après elle. On redécouvre par les yeux de cette enfant, des sujets tels que la maladie, le mensonge, la quête d’identité, l’homophobie, la pauvreté, la prostitution, la prostitution infantile, la guerre, l’antisémitisme. Des thèmes plus que difficiles, abordés sur fond d’enquête criminelle. Car Karen a de bonnes raisons de croire que sa voisine, Mme Anka Silverberg, ne s’est pas suicidée. Tout le monde le sait, tout le monde s’en doute et on comprend vite que la police n’aura que faire de ce triste événement, malgré les éléments qui laissent présager autre chose que le passage à l’acte d’une âme en peine.

Notre petit monstre va alors enfiler sa tenue d’enquêteur, et réveiller des souvenirs douloureux, soulever des questions sans réponses. C’est triste, dur, parfois violent, limite indécent aussi, mais jamais gratuit. L’auteure ne nous épargne rien, comme elle n’épargne pas ses personnages torturés, elle le fait avec une certaine sensibilité, mais sans tabous. Les recoins les plus sombres de l’humanité sont mises à nu, révélées au grand jour. Et c’est aussi ça, qui fait toute la puissance de cette lecture. Car les plus grands monstres se cachent parmis les hommes.

Force est de constater que le talent d’Emil Ferris est à la hauteur de son travail acharné. Avec ce premier volume hors du commun, dans un mélange de fantastique, de faits sociétaux et d’émotions refoulées, elle nous dévoile les affres cruelles de la perversité humaine.

Une découverte surprenante !

Vous avez déjà eu l’occasion de le lire ?

« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » de Emil Ferris.
Editions Monsieur Toussaint Louverture, 2018.

21 commentaires sur “Moi, ce que j’aime, c’est les monstres. Emil Ferris

  1. Effectivement j’en ai beaucoup entendu parler 🙂 Le titre m’est familier, mais avant de lire ta chronique je ne savais même de quoi l’histoire retournait. En tout cas les dessins sont magnifiques. Il faudrait que je vois si je peux l’emprunter à la bibliothèque la prochaine fois que j’irai ^^

    1. Je t’avoue qu’en le démarrant, j’avais une vague idée de ce qui m’attendait. J’avais lu la quatrième de couverture en diagonale, tellement omnubilée par les illustrations. 😂 Je ne m’attendais pas à de sujets aussi difficiles et à cette ambiance sombre. J’espère que l’expérience te plaira ! 🙂

    1. C’est une découverte particulière et déroutante. L’ambiance est assez étrange, sombre même. Mais rien que pour la réalisation des illustrations, ca vaut vraiment le coup d’oeil ! Bonne lecture 🙂

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